Gestion du stress avec les huiles essentielles

Écrit par Iris Haesendonck, Conseillère en Aromathérapie et Aromachologie.

Pour le site internet de Manon Touati - Bonheur en Fleur.







Nous l’avons probablement tous ressenti un jour, le stress fait partie de notre quotidien. Dans une société où le rythme ne cesse de s’accélérer, nous sommes constamment sollicités et notre bien-être est parfois mis entre parenthèses. Car, si à la base le stress nous permet de faire face à des situations qui exigent tout simplement une réaction, il arrive qu’il ait des conséquences néfastes à long terme sur notre organisme et notre mental. ​ Nous allons entamer un voyage au cœur des émotions, en détaillant les effets du stress, et les possibilités d’accompagnement qu’offrent les huiles essentielles. Nous nous attarderons sur les effets néfastes du stress, et nous nous intéresserons au lien entre neurones, intestin et immunité. Nous verrons comment l’odorat est fortement lié aux émotions, et nous aborderons différents travaux de recherche qui mettent à l’honneur l’utilisation des huiles essentielles en olfaction dans le cadre du stress, de l’anxiété, mais aussi des troubles du sommeil et du burn out. Tout un programme... Let’s go ! ​ ​ ​ Définition du stress ​ À la base du concept de stress, il y a une notion empruntée à la physique, de contrainte excessive que subit un matériau (Doron, R., Parot, F., 2008). En temps normal, un matériau est sensé pouvoir résister à des contraintes modérées (Dantzer, R., 2019). En cas de contrainte excessive ou si le matériau est fatigué, les risque est de le voir se déformer ou de se rompre (Dantzer, R., 2019).




La neige exerce une contrainte sur la branche, qui se plie et risque de se casser




« En biologie, cette notion désigne à la fois les agressions s’exerçant sur l’organisme (les agents stresseurs) et la réaction de l’organisme aux agressions » (Doron, R., Parot, F., 2008). On voit ici s’ébaucher le lien entre la situation et la réaction du corps. En principe, le stress est une réaction qui a son utilité, permettant une action adéquate (Crocq L., 2019). Mais comment cette réaction s’inscrit-elle dans l’organisme ? Hans Selye est à l’origine de l’utilisation aujourd’hui banalisée du mot « stress ». Il l’a utilisé pour définir pour la première fois « la réaction d'alarme et de défense de l'organisme face à une agression ou une menace et, par extension, à toute situation contraignante ou désagréable » (Crocq L., 2019). Cette réaction peut s’observer de façon exceptionnelle, lors d’événements soudains et brutaux comme une agression physique, une prise d’otage, un accident ou une catastrophe (Crocq L., 2019). Mais le stress est également présent dans des situations contraignantes de la vie courante, comme des nuisances sonores, des rythmes de travail trop rapides, des menaces verbales, du harcèlement psychologique, des conflits, des soucis financiers… (Crocq L., 2019). ​ « Les physiologistes se sont surtout intéressés aux systèmes hormonaux impliqués dans la réaction de stress, qu’il s’agisse du système sympathique et médullosurrénalien intervenant dans la réaction d’urgence […], ou du système hypophyso-corticosurrénalien responsable du syndrome général d’adaptation […] » (Doron, R., Parot, F., 2008). En situation de stress, notre organisme réagit en adaptant la production hormonale afin de faire face à l’agression dans l’immédiat, en mobilisant les ressources nécessaires. Selon Doron, R. et Parot, F. (2008), cette réaction au stress s’accompagne entre autres d’une réduction de la sensation de douleur grâce à la production d’endorphines (ou morphines endogènes). Notre corps s’apprête donc à passer à l’attaque ou à fuir (« fight or flight »). Le système sympathique s’active, et produit entre autres de l’adrénaline : les rythmes cardiaque et respiratoire s’accélèrent, la tension artérielle augmente, les pupilles se dilatent, on transpire… C’est la phase 1, dite d’alarme.





Phase d'alarme et dilatation des pupilles




Mais il arrive que la situation de stress persiste dans le temps. On entre alors dans la phase 2, de résistance. L’organisme met en place des stratégies pour endurer les agressions à plus long terme, en stimulant la production de nouvelles hormones par la glandes corticosurrénale : les glucocorticoïdes (INRS, 2017). Ces hormones veillent à apporter l’énergie nécessaire aux muscles, au cœur et au cerveau (INRS, 2017). Le corps, assailli par le stress vit une sorte de siège. Il mobilise toute son énergie et ses vivres (le glucose) pour faire face à l’agression. En phase 2, les quantités de glucose libérées dans le sang sont auto-régulées, tout va bien. Mais si la situation de stress persiste encore ou devient plus intense, l’organisme entre en phase 3 (INRS, 2017). ​ Phase 3 : l’épuisement. L’auto-régulation n’est plus efficace, l’organisme est sur-stimulé, entraînant potentiellement des risques pour la santé (INRS, 2017). Nous reviendrons sur ces risques un peu plus loin, dans le point « stress et maladie ». ​ En psychologie, on utilise le terme de stress pour évoquer les difficultés que le sujet éprouve pour faire face aux événements stressants de la vie, et les moyens à sa disposition pour gérer ces problèmes (Doron, R., Parot, F., 2008). Il existe une interaction étroite entre les aspects psychologiques et physiologiques du stress (Doron, R., Parot, F., 2008). En effet, les réactions hormonales dépendent des facteurs psychiques, et la perception de la situation et des moyens d’y faire face sont influencés par l’activité hormonale (Doron, R., Parot, F., 2008). Ainsi, nos émotions influencent l’état physiologique de notre corps, et nos moyens de réaction à des facteurs de stress. Nous avons défini le stress, mais il est souvent associé à l’anxiété. Quelle est la différence ? Définition de l'anxiété ​ Selon R. Doron et F. Parot (2008), l'anxiété est une « émotion engendrée par l’anticipation d’un danger diffus, difficile à prévoir et à contrôler. Elle se transforme en peur face à un danger bien identifié ». L’anxiété est donc une conséquence du stress, lorsque l’on en arrive à anticiper une situation stressante que l’on craint par exemple de ne pas pouvoir surmonter. Elle est parfois associée à des comportements d’évitement, afin de minimiser le stress ressenti. Tout comme le stress, l’anxiété est utile lorsqu’elle est modérée. Mais à son paroxysme, l’anxiété peut devenir pathologique, entraînant des troubles anxieux comme les phobies, les crises d’angoisse, l’anxiété généralisée, les troubles obsessionnels compulsifs et le syndrome post-traumatique (Doron, R., Parot, F., 2008). La différence fondamentale entre le stress et l’anxiété réside donc dans le fait que le stress serait un état (d’alerte, provoquant des réactions physiologiques) et l’anxiété serait une des émotions pouvant être la conséquence de cet état (la peur d’être confronté à un élément stresseur identifié).




Et les émotions dans tout ça ? ​ Selon Isabelle Filliozat, « l'émotion est le mouvement de la vie en soi. C'est un mouvement qui part de l'intérieur et s'exprime à l'extérieur. C'est le mouvement de ma vie qui me dit et qui dit à mon environnement qui je suis ». ​ Nous sommes régulièrement traversés par une multitude d'émotions (en-dehors de certaines pathologies), que nous avons la possibilité de partager notamment grâce à la parole. Grâce à notre cerveau émotionnel, nous avons la possibilité d'avoir accès à un monde émotionnel très riche et très nuancé. Au-delà de l'expérience agréable / désagréable, nous expérimentons toute une palette d'émotions liées à notre vécu personnel. (Filliozat, I., 1997). L’auteure (1997) va plus loin, en disant que nos expériences passées et plus particulièrement celles vécues dans la petite enfance dessinent un profil particulier de réponses à l’environnement : notre caractère. Nos réponses émotionnelles seraient donc liées à notre vécu, mais aussi à nos besoins. ​ Les émotions nous traversent chaque jour, et viennent donc parfois nous renseigner sur nos besoins personnels. Ils trouvent à travers elles un moyen d’expression, et nous offrent l’occasion de tenter d'y répondre. Derrière l’anxiété, la peur, mais aussi l’agacement, la colère, la tristesse, il peut y avoir autant de tentatives de résoudre des conflits intérieurs, de répondre à des besoins enfuis au plus profond de notre être. Derrière des constatations comme « je suis stressé-e en ce moment », peut se cacher une gamme d’émotions, que l’on peut ressentir le besoin d’analyser. Un niveau anxiété particulièrement élevé avant une présentation peut par exemple traduire un besoin important de reconnaissance. Une immense colère qui explose au milieu d’un repas peut exprimer un sentiment de trahison, et un besoin de sécurité affective. « Le cœur a ses raisons que la raison de reconnaît pas toujours. Les émotions ne sont pas si irrationnelles qu’on veut le croire parfois. Décoder le sens de nos « sorties » intempestives peut nous éviter de gâcher nos relations proches » (Filliozat, I., 1997). Analyser ses émotions peut permettre de mieux se connaître, et identifier l’origine de nos réactions permet de mieux les vivre. ​ Que se passe-t-il lorsque les besoins exprimés par nos émotions ne sont pas entendus, voire réprimés ? C’est sur cette question que les travaux de Naomi Feil se sont penchés, pour mettre au point la théorie de la validation. Selon cette approche, on considère que les troubles du comportement chez la personne très âgée démente sont liés à des mécanismes de défense, mais sont aussi des tentatives de résolution de conflits anciens non-résolus (Vivre Alzheimer, 2019). Notre existence serait parsemée d’étapes auxquelles correspondent des tâches à accomplir (Feil, N., 2019). Nous continuons à avancer dans la vie, pas à pas, malgré la non-résolution de certains conflits intérieurs, liés à notre expérience. La grande vieillesse correspondrait au dernier stade, celui de la résolution (Vivre Alzheimer, 2019). La manière dont la démence s’exprimerait chez ces personnes serait liée à la non résolution de ces conflits. La méthode de la validation repose principalement sur l’empathie de la reconnaissance des émotions de l’autre (Vivre Alzheimer, 2019).  « Valider » reviendrait à reconnaître qu’il y a du sens dans les comportements de ces personnes (Vivre Alzheimer, 2019). Maintenir une communication avec les personnes très âgées démentes permet de restaurer leur sentiment de valeur personnelle, réduire l’anxiété, améliorer le bien-être et tenter de résoudre les anciens conflits (Feil, N., 2019). Une telle approche permet de tenter de réduire les risques de contention physique et chimique, le repli sur soi avec le risque d’une évolution vers un état végétatif, et permet à la personne de s’inscrire dans une vie qui a du sens (Feil, N., 2019).   ​ Les étapes de notre vie, et les épreuves que nous traversons semblent venir s’inscrire dans le corps, tôt ou tard. Sans nécessairement penser aux dernières étapes de la vie et le moyen d’expression que pourrait être la démence chez les personnes très âgées, notre vécu émotionnel peut avoir des répercussions sur notre santé à plus court terme. Nous évoquions plus haut les potentiels risques pour la santé liés à un état de stress prolongé. Quels sont-ils plus précisément ?




Les émotions s’inscrivent dans notre corps, jusque dans notre ventre




Stress et santé Avoir la peur au ventre, des papillons dans le ventre, la peur au ventre, l’estomac noué… Ces expressions semblent indiquer que nous ne vivons pas nos émotions qu’avec notre tête. Nous savons aujourd’hui que les neurones ne sont pas uniquement présents dans notre cerveau, mais on les retrouve également en très grand nombre dans notre intestin (Herbeuval, J.-P., Smith, N., 2017). Il se trouve que notre intestin est également le réservoir de nos cellules immunitaires (Herbeuval, J.-P., Smith, N., 2017). L’avez-vous déjà remarqué ? Nous tombons plus souvent malades en période de stress intense (Herbeuval, J.-P., Smith, N., 2017). En temps normal, le système immunitaire contient des cellules qui détruisent les agents pathogènes détectés (Herbeuval, J.-P., Smith, N., 2017). Lorsque l’activation des cellules du système immunitaire persiste dans le temps, on peut observer une action délétère sur l’organisme comme c’est le cas dans le cas des maladies chroniques et auto-immunes (Herbeuval, J.-P., Smith, N., 2017).  Il a été prouvé que certains neurotransmetteurs (comme la sérotonine et l’histamine) sont capables de bloquer la production de molécules antivirales, et donc d’enrayer ce phénomène (Herbeuval, J.-P., Smith, N., 2017).  Le rôle des neurotransmetteurs est de réguler les défenses anti-infectieuses (Herbeuval, J.-P., Smith, N., 2017). Il existe donc bien une interaction entre les systèmes nerveux et immunitaire. Si ce sujet autour du cerveau de de l’intestin vous intéresse, je ne peux que vous conseiller le reportage qui lui est dédié sur Arte (n.d.l.r. intitulé Notre ventre, notre deuxième cerveau). On y parle notamment du syndrome de l’intestin irritable, qui serait dû à une communication défaillante entre la muqueuse de l’intestin et les nerfs (Arte, 2019). Ce syndrome pourrait être provoqué par le stress, ou des événements traumatisants (Arte, 2019). Les scientifiques vont plus loin, en affirmant que les messages envoyés par notre ventre au cerveau peuvent affecter notre résistance à l’anxiété et à la dépression (Arte, 2019). ​ Mais l’action du stress sur l’organisme ne se limite pas à cette interaction avec les intestins et le système immunitaire. Les individus stressés présentant des signes d’hostilité, agressivité, surmenage, colère, d’état dépressif ont plus de risques de souffrir de complications cardiovasculaires (Setbon, P., 2019). En association avec d’autres facteurs (qui sont fréquents chez les individus stressés), comme le tabagisme, l’hypercholestérolémie, le surpoids et la sédentarité, le risque est encore accru (Setbon, P., 2019). ​ Une autre complication pathologique du stress est l’anxiété, que nous avons définie plus haut. À son apogée et lorsqu’elle affecte le quotidien, l’anxiété se mute en trouble de l’anxiété généralisée, dont les principaux symptômes sont l’anxiété et une inquiétude persistante difficiles à contrôler, s’exprimant dans des domaines variés comme le travail et la performance scolaire (Psychomédia, 2005). ​ Il semblerait que les phobies soient également à mettre en lien avec le stress (Setbon, P., 2019). La phobie est la peur d’un objet, d’un lien (agoraphobie) ou d’une situation sociale créant de l’angoisse, associée à un sentiment de perte de contrôle sur la gestion de la situation (Doron, R., Parot, F., 2008). La personne est alors confrontée à un désir irrésistible de ne pas être soumise à l’objet de cette peur, et présente un comportement d’évitement (Psychomédia, 2012). Si la personne est confrontée au stimulus phobogène, ce sera dans la terreur (Psychomédia, 2012). ​ La dépression aussi, apparaîtrait parfois comme la conséquence d’un stress intense et prolongé  (Setbon, P., 2019). La dépression majeure est caractérisée par un épisode dépressif qui rompt avec le fonctionnement habituel de la personne (Psychomédia, 2011). Elle présente une humeur dépressive et une perte d’intérêt pendant au moins deux semaines, en association avec d’autres symptômes de la dépression comme une perte de poids significative en l’absence de régime, une insomnie ou hypersomnie [besoin de sommeil plus marqué qu’à l’habitude], agitation ou ralentissement psychomoteur, fatigue ou perte d’énergie, sentiment de dévalorisation, culpabilité, difficultés de concentration ou indécision, pensées de mort récurrentes (Psychomédia, 2016). ​ Le burn-out ou épuisement professionnel, est décrit par la CIM-11 (classification internationale des maladies) comme étant le résultat d’un stress chronique au travail (OMS, 2019). Il entraîne un sentiment de manque d’énergie ou d’épuisement, un retrait par rapport au travail ou des sentiments négatifs ou de cynisme liés au travail, ainsi qu’une perte d’efficacité professionnelle (OMS, 2019). Le burn-out n’est pas classé parmi les maladies, mais il fait partie des motifs pour lesquels les personnes s’adressent aux services de santé (OMS, 2019). ​ Être soumis à un stress prolongé entraîne aussi des raideurs musculaires (ayant parfois pour conséquence des douleurs importantes), des problèmes de gorge (voix enrouée, pénible lorsqu’il faut s’exprimer en public), de digestion, et favoriserait les crises de panique chez les asthmatiques (Holmes, L., 2016). ​ Nous l’avons vu, l’impact du stress et des émotions sur le corps n’est pas anodin. Prendre soin de ses émotions et de son monde intérieur, c’est donc aussi prendre soin de sa santé dans sa globalité. Il existe plusieurs outils pour accompagner les émotions. Aujourd’hui, je vais vous parler des huiles essentielles.







Accompagner les émotions avec les huiles essentielles J’ai déjà commencé à évoquer l’action puissante des huiles essentielles sur les émotions, dans mon précédent article intitulé « Huiles essentielles et maladies inflammatoires chroniques de l'intestin », publié sur le merveilleux site de Manon, que vous êtes en train de consulter. J’y ai déjà détaillé les définitions de l’Aromathérapie et de l’Aromachologie. Je vous invite bien sûr à le lire, si ce n’est pas déjà fait : www.bonheurenfleur.com/huiles-essentielles-et-mici Pour rappel, l’huile essentielle est le produit de la distillation de plantes, par entraînement des molécules aromatiques à la vapeur d’eau. En Aromathérapie, on utilise également les essences, issues de l’extraction mécanique à froid des écorces d’agrumes. ​ L’Aromachologie est l'étude des fragrances sur les comportements et s'intéresse de plus en plus aux huiles essentielles. Elle permet d'offrir un moyen d’accompagnement psycho-émotionnel, à l’aide des huiles essentielles, des essences et des absolues par la voie olfactive. Pour mieux comprendre la pertinence de cette méthode, nous allons commencer par nous intéresser au fonctionnement de l’odorat. Nous nous pencherons ensuite sur l’activité des huiles essentielles sur nos émotions, et quelques recherches scientifiques actuelles. ​ ​ ​ Quelques éléments de physiologie de l’odorat L’intérêt immense des huiles essentielles réside dans le fait qu’elles permettent d’agir à la fois sur le corps et les émotions, donc sur notre état physiologique en interagissant avec plusieurs systèmes corporels. À commencer par le trajet qu’elles empruntent : lorsque nous approchons un flacon d’huile essentielle de notre nez pour le sentir, les molécules aromatiques pénètrent notre système respiratoire. ​ Selon Michel Faucon (2017), l’odorat est le plus ancien de nos systèmes sensoriels et le plus privilégié, car il a la particularité de nous permettre d’effectuer une analyse chimique de notre environnement. Dans certaines conditions, l’homme peut par exemple déceler 0, 000 0005 mg de vanilline dans un litre d’air (Faucon, M., 2017) ! L’odorat nous permet de repérer différents types de dangers, comme un aliment avarié qui pourrait mettre notre santé en péril si nous le consommons, une fuite de gaz risquant de nous intoxiquer ou l’odeur de la fumée nous indique qu’il y a un danger d’incendie.




Volutes, entre fumée et senteurs



Selon Patty Canac, Christiane Samuel et Samuel Socquet-Juglard (2008), nous percevons les odeurs grâce à une partie de la muqueuse qui tapisse les cornets dans la cavité nasale. Ces quelques centimètres carrés sont situés au niveau des yeux et en profondeur dans la cavité nasale (Canac, P., Samuel, C., Socquet-Juglard, S., 2008). Le milieu aqueux et visqueux permet la réception des molécules odorantes (Canac, P., Samuel, C., Socquet-Juglard, S., 2008). Les auteurs précisent que la muqueuse olfactive est composée de deux couches, dont l’épithélium olfactif. C’est dans ce dernier que l’on retrouve les molécules porteuses d’odeurs. Nous disposons de 6 à 10 millions de cellules olfactives par narine (Canac, P., Samuel, C., Socquet-Juglard, S., 2008). Ces cellules peuvent reconnaître jusqu’à 10 000 odeurs (Canac, P., Samuel, C., Socquet-Juglard, S., 2008). Chaque cellule olfactive est en fait un neurone qui dispose à son extrémité de récepteurs : les cils olfactifs qui sont au nombre de 5 à 30 (Canac, P., Samuel, C., Socquet-Juglard, S., 2008). C’est donc dans la cavité nasale qu’a lieu la reconnaissance chimique de l’odeur (Canac, P., Samuel, C., Socquet-Juglard, S., 2008). Comment ? Le contact des molécules odorantes avec les cils crée un signal, entraînant à son tour une suite d’événements biochimiques et électriques créant l’influx nerveux (Faucon, M., 2017). Pour ce faire, le message olfactif emprunte un chemin particulier.


Les cavités nasales sont surplombées d’un « toit » constitué par l’os ethmoïde, percé d’une multitude de petits trous (Marieb, E. N., 2008). Cette région est nommée « lame criblée de l’ethmoïde », et permet le passage des neurofibres olfactives depuis les récepteurs de l’odorat situés dans le nez jusqu’au cerveau (Marieb, E. N., 2008). Selon Patty Canac (2019), ces axones (qui sont les fibres prolongeant les neurones) vont jusqu’au bulbe olfactif.

Le bulbe olfactif est situé à « l’entrée » du cerveau, et est une sorte de relais accueillant le message olfactif (Faucon, M., 2017). C’est là que le message est clarifié, trié, avant d’être projeté sur les aires corticales du cerveau (Faucon, M., 2017).


Lorsque nous sentons une odeur, l’information olfactive ainsi créée emprunte deux itinéraires possibles. ​ La première destination du message olfactif est la région orbito-frontale du cortex cérébral, permettant la perception rationnelle et l’identification des odeurs (Faucon, M., 2017). Les informations sont alors transmises au cortex olfactif sans passer par le thalamus, chose exceptionnelle (Faucon, M., 2017). La seconde destination du message olfactif est donc le système archaïque reptilien (Faucon, M., 2017). L’hypothalamus donne alors au message une connotation affective de type « agréable » ou « désagréable », donnant une signification à l’odeur et une réponse biologique (Faucon, M., 2017). C’est dans le système limbique que naissent les émotions et qu’a lieu l’activation de la mémoire et des comportements instinctifs (sexualité, alimentation, défense…) ainsi que la régulation des fonctions végétatives (cœur, respiration…) et endocriniennes (Faucon, M., 2017). ​ Au carrefour de ces deux destinations, le système limbique interagit également avec le cortex préfrontal (Marieb, E. N., 2008). C’est pour cette raison que les émotions (le cerveau affectif) sont en lien direct avec nos pensées (cerveau cognitif) (Marieb, E. N., 2008). C’est ainsi que nous réagissons émotionnellement aux événements qui viennent à notre conscience, et que nous apprécions toutes les nuances de la palette colorée que constituent nos émotions (Marieb, E. N., 2008). ​ Dans le système limbique, le thalamus joue un rôle très important dans la sensibilité, la motricité, l’excitation corticale, l’apprentissage et la mémoire (Marieb, E. N., 2008). L’hypothalamus (qui signifie "sous le thalamus") est un centre important du système nerveux autonome où naissent de nombreuses pulsions et émotions (Marieb, E. N., 2008). L’hypothalamus est donc le bureau central des fonctions autonomes (viscérales) et des réactions émotionnelles (Marieb, E. N., 2008). C’est la raison pour laquelle les personnes soumises à des tensions émotionnelles importantes et prolongées ont tendance à souffrir de maladies viscérales comme l’hypertension artérielle ou les brûlures d’estomac (Marieb, E. N., 2008). ​ Le système limbique joue un rôle particulièrement important dans les émotions, grâce à deux de ses éléments (Marieb, E. N., 2008). ​ Le premier est le corps amygdaloïde, qui permet de reconnaître les expressions faciales qui montrent de la colère ou suscitent la crainte (Marieb, E. N., 2008). Il permet également d’évaluer le danger et déclenche la réaction de peur (Marieb, E. N., 2008). C’est lui qui nous pousse à prendre nos jambes à notre cou lorsque nous sentons une odeur de fumée. Mais en cas de dysfonctionnement au niveau de l’amygdaloïde, on peut observer des problèmes d’anxiété ou de dépression (Marieb, E. N., 2008). Le second élément du système limbique impliqué dans les émotions est le gyrus du cingulum, qui est impliqué dans l’expression gestuelle des émotions et la résolution des conflits mentaux en cas de frustration (Marieb, E. N., 2008).




L'odorat, voie royale vers les émotions

Vous l’avez peut-être déjà expérimenté à titre personnel : les odeurs sont capables de provoquer des réactions émotionnelles et de faire remonter des souvenirs. L’odeur des crêpes au goûter, le parfum d’un proche, la senteur particulière d’une maison de vacances, l’odeur des crayons utilisés en classe… En un éclair, nous sommes transportés parfois des années auparavant. L’odorat a la particularité de donner un accès plus direct au système limbique que les autres sens, dont l’information doit traverser un plus grand nombre de synapses avant d’y parvenir (Faucon, M., 2017).




Le parfum d’une fleur, réminiscence d’un jardin d’été




Le plus intéressant avec les senteurs, c’est que l’émotion semble précéder l’identification (Canac, P., 2019). Patty Canac (2019) cite l’exemple de la menthe, si nous la sentons à l’aveugle nous allons par exemple immédiatement penser aux chewing-gums dont nous partagions un paquet entre amis lorsque nous étions enfant. C’est ensuite le visuel du chewing-gum qui nous vient, puis nous parvenons enfin à identifier les chewing-gums à la menthe (Canac, P., 2019). C’est donc le souvenir qui surgit en premier, teinté d’une émotion (par exemple agréable ou désagréable). Ensuite seulement, le processus d’identification de l’odeur pourra commencer. ​ Par leur activité sur notre cerveau, les odorants peuvent avoir une influence sur nos comportements (Faucon, M., 2017).  Les recherches de Rachel Herz mettent en évidence l’aspect unique et évocateur de la mémoire olfactive, en comparaison à d’autres types d’expériences emmagasinées en mémoire (Psychology Today, s.d.). Elle démontre comment les associations émotionnelles peuvent changer la perception des odeurs (Psychology Today, s.d.). Son travail montre aussi comment les senteurs peuvent être conditionnées par les émotions, et par la suite influencer des comportements motivés (Psychology Today, s.d.). Elle s’est intéressée au rôle des mots et du contexte sur la perception olfactive, au rôle de l’odeur corporelle et du parfum dans l’attirance hétérosexuelle, et aux mécanismes impliqués dans le marketing olfactif (Psychology Today, s.d.). Plus récemment, elle a commencé à étudier la manière dont nous percevons olfactivement la nourriture et les effets des émotions basées sur notre alimentation (Psychology Today, s.d.).

Le parfum, comme moyen de séduction



Kirk-Smith et Booth (1987) ont évalué les sentiments et les attitudes des sujets dans le domaine sexuel, en les exposant à des odorants « sexy » comme le parfum Shalimar (Faucon, M., 2017). Ils ont observé que l’androstérone et la pyrroline les rendaient plus sociables et leur conféraient un sentiment de puissance, en comparaison à des senteurs à connotation sexuelle neutre comme l’essence de banane, les rendant « moins amicaux » (Faucon, M., 2017). Selon une étude de Redd et Manne en 1991, l’héliotropine en olfaction aurait une action apaisante chez un patient souffrant du cancer, devant subir un examen diagnostic (Faucon, M., 2017). Toujours selon les mêmes auteurs (1992), les parfum du muguet et de la menthe poivrée permettraient d’augmenter les performances des personnes réalisant une tâche stressante demandant une concentration importante (Faucon, M., 2017).  Les recherches doivent se poursuivre pour améliorer la compréhension des mécanismes physiologiques en jeu, d’autant plus que ce type d’étude fait intervenir des différences inter-individuelles nombreuses (Faucon, M., 2017). Cependant, le fait qu’il y ait un impact des odeurs en olfaction sur notre cerveau est indéniable (Faucon, M., 2017). Selon Michel Faucon (2017), stimuler les voies olfactives par le biais des odeurs et le système limbique donne lieu à un ensemble d’effets observables d’un point de vue physiologique, comportemental, ainsi qu’au niveau des sentiments et des humeurs des patients. L’influence des odeurs sur notre état physiologique est mesurable, en étudiant l’état cérébral, les variations métaboliques ou électriques mesurables comme la pression sanguine ou artérielle, le rythme cardiaque, la dilatation de la pupille ou la réponse électrodermale (Faucon, M., 2017). ​ ​ ​ Bienfaits des huiles essentielles en olfaction Prenons le cas d’une huile essentielle largement connue : la Lavande vraie (Lavandula angustifolia). Lorsqu’elle est prise en olfaction, on peut observer à l’électroencéphalogramme une augmentation de la quantité d’ondes alpha (Faucon, M., 2017). Ce type d’onde est observé lorsque l’on est calme et en état de relaxation (Faucon, M., 2017). Nous produisons des ondes alpha lorsque nous sommes au repos, les yeux fermés (Faucon, M., 2018).


Selon Patty Canac (2019), il existe de nombreux moyens d’agir sur l’activité des neurones dans notre cerveau. C’est notamment le cas de certains médicaments, comme les anxiolytiques ou les antidépresseurs (Canac, P., 2019). D’autres moyens, comme la nutrithérapie et la micronutrition permettent également d’apporter les acides aminés nécessaires à la production des neurotransmetteurs (Canac, P., 2019). En phytothérapie, les molécules actives permettent d’agir sur le fonctionnement de certains circuits neuronaux (Canac, P., 2019). C’est le cas du safran ou du millepertuis qui augmentent les taux de sérotonine et ont une action antidépressive (Canac, P., 2019). En aromathérapie, le passage des molécules volatiles au niveau du bulbe olfactif va également avoir une action sur ces différents circuits (Canac, P., 2019). Par exemple, la Lavande vraie (Lavandula angustifolia) ou le Petitgrain bigarade (Citrus x aurantium ssp amara) induiront la relaxation voire le sommeil en agissant sur le GABA, tandis que l’Ylang ylang (Cananga odorata) ou la Verveine odorante (Aloysia citrodora) auront une action antidépressive, en stimulant la production de sérotonine (Canac, P., 2019).




Le monde végétal regorge de propriétés intéressantes pour notre bien-être.




L’avantage de l’utilisation des plantes réside dans le fait que contrairement aux traitements traditionnels basés sur des antidépresseurs tels que les IRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), elles ne présentent pas d’effets secondaires tels que la somnolence, l’accoutumance ou les troubles cognitifs (Perry, N., Perry, E., 2019). À condition de les utiliser correctement, bien sûr. Aujourd’hui, les recherches tendent de plus en plus à démontrer avec précision l’action des plantes sur les neurotransmetteurs (Perry, N., Perry, E., 2019). ​ C’est dans ce sens qu’ont lieu les recherches de Leila Achour, pharmacien praticien hospitalier et lauréate du prix Aromathérapie Clinique 2019 Naturactive Laboratoires Pierre Fabre. Elle cherche à démontrer l’efficacité de l’utilisation de l’aromathérapie olfactive par diffusion pour diminuer le taux de prescription de neuroleptiques, dans une unité d’hébergement renforcé. Elle a remarqué que le taux de prescription de neuroleptiques était 4 fois supérieur dans ces unités de soin, qui accueillent des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées. Ces personnes présentent des troubles du comportement sévères, et leur médication les expose à des troubles associés à ces traitements (les effets iatrogènes). Avec l’aide d’un aromathérapeute, un mélange apaisant d’huiles essentielles a été administré aux patients en diffusion filtrée, dans l’optique d’implanter une thérapeutique non médicamenteuse complémentaire aux neuroleptiques. ​ Ainsi, les huiles essentielles suscitent un réel intérêt, pour leurs actions apaisantes. La voie olfactive permet d’exploiter l’activité informationnelle du parfum de l’huile essentielle, en relation avec le vécu émotionnel de la personne afin de réguler ses réactions psycho-émotionnelles (Baudoux, D. 2017). C’est aussi la voie à privilégier chez les personnes en quête de spiritualité, de cheminement sur soi, ou dans le cadre de douleurs lancinantes et/ou permanentes, lorsque la souffrance affecte le corps entier qui n’est que souffrance (Baudoux, D. 2017). Toujours selon Dominique Baudoux (2017), la voie olfactive permet d’agir sur les commandes centrales du tissu nerveux, et permet d’agir dans différents domaines comme la psychiatrie, l’oncologie, les soins palliatifs… ​ De nombreux travaux scientifiques vont dans le sens d’une aromathérapie olfactive pour accompagner les patients en milieu hospitalier, et c’est également le cas de la seconde lauréate du prix Aromathérapie Clinique 2019 Naturactive : le Dr Delphine De Souza. Docteur en médecine et médecin généraliste en centre de Soins de Suite, elle propose d’améliorer le confort et la qualité de vie des patients en soins palliatifs à l’aide de l’aromathérapie. Elle s’intéresse plus précisément aux propriétés des huiles essentielles en soin de confort, pour agir sur l’anxiété, les troubles du sommeil, les nausées et l’inconfort généré par les odeurs désagréables en chambre, ainsi que les irritations cutanées.  Concernant la prise en charge de l’anxiété et des odeurs désagréables, le choix est laissé au patient entre plusieurs huiles essentielles en fonction de ses préférences. Deux voies d’utilisation sont utilisées : la voie olfactive et la voie cutanée (en association au toucher relationnel). Le ressenti du patient est évalué à l’aide d’une échelle d’évaluation de l’anxiété avant et après le soin. ​ Catherine Maranzana est une infirmière qui a initié l’entrée de l’aromathérapie dans les structures hospitalières à Colmar, en France. Son travail est effectué sur des bases scientifiques en mettant en place des protocoles stricts, sous la supervision des autorités médicales hospitalières et universitaires. J’ai eu la chance d’assister à son atelier lors du congrès Phyt’Arom à Grasse, intitulé « Accompagner les émotions : quelle place pour l’aromathérapie en psychiatrie ? ».  Elle a mentionné les avantages de diminuer le recours aux anxiolytiques au profit de l’utilisation d’huiles essentielles, au niveau de la réduction des effets secondaires liés à ces médications et de la diminution des coûts. Elle propose les huiles essentielles en olfaction, notamment à l’aide des sticks olfactifs pour une prise en charge complémentaire dans le cadre de problématiques variées comme le burn out, les troubles du sommeil, le stress, l’angoisse et chez les personnes vivant des émotions intenses. Elle décrit les huiles essentielles comme étant un outil très intéressant dans la relation d’aide, faisant appel à un sens instinctif permettant la libération de nos émotions. Elle précise qu’il est d’ailleurs important d’être en mesure d’accompagner les émotions qui peuvent s’exprimer au cours des séances, car c’est un travail qui peut être déstabilisant. L’approche de Catherine Maranzana avec les huiles essentielles rencontre un succès important dans les structures où elle intervient. Depuis la mise en place des protocoles, les soignants ont remarqué des améliorations très encourageantes chez les patients. Ils ont noté une amélioration du sommeil, et une diminution de l’anxiété. Les huiles essentielles permettent également de renforcer le lien thérapeutique, et les soignants se sont montrés favorables à leur utilisation comme outil complémentaire. En plus de leurs modes d’action de plus en plus étudiés, les huiles essentielles ont une composante plus vibratoire, qui vient toucher le cœur et élève les sens. Leur action subtile vient compléter une multitude d’applications, accompagnant à merveille ceux qui s’intéressent aux dimensions plus spirituelles et intuitives. Les huiles essentielles permettent ainsi plusieurs types de rencontres, à plusieurs niveaux, autour du corps, des émotions et de l’esprit. Elles accompagnent à merveille une séance de yoga ou de méditation, par exemple. ​ ​ ​ La consultation en Aromachologie, une rencontre au cœur de l'humain ​ Nous l’avons vu, les huiles essentielles ont un rôle à jouer dans l’accompagnement psycho-émotionnel, grâce à leurs effets sur nos émotions et leur capacité à induire des effets positifs entre autres sur le stress, l’anxiété et les troubles du sommeil.







En plus de permettre une réponse à des problématiques spécifiques, la consultation en Aromachologie permet une rencontre d’humain à humain, d’égal à égal, où la relation est au cœur du soin sans que la consultation ne soit figée autour du symptôme. ​ Odile Chabrillac (2018), dans son livre Âme de sorcière met l’accent sur la notion de « care » en remettant la relation au cœur du soin. La confiance et un sentiment d’égalité (malgré la dépendance) viennent remettre de l’humain dans la relation thérapeutique (Chabrillac, O., 2018). On sort du cadre d’une consultation passive [le praticien détient l’autorité, celui qui consulte se contente de suivre ses conseils], avec l’adoption d’une attitude plus active malgré cette dépendance et la possibilité de s’appuyer sur le praticien (Chabrillac, O., 2018). ​ Le point de vue de l’auteure, naturopathe et psychothérapeute, s’adapte parfaitement à la consultation en Aromachologie. Les premiers instants de la consultation sont réservés à l’écoute de la demande, et à l’ « état des lieux » (n.d.l.r. l'ananmèse). Ensuite, le praticien effectue une sélection d’huiles essentielles, en fonction de la problématique exposée. Le choix des huiles essentielles se fait dans un premier temps par le praticien, bien sûr, sur base de ses connaissances et en fonction des besoins et des contrindications spécifiques de la personne qui vient consulter. Mais cette démarche est suivie du moment le plus important de la consultation, lorsque le choix des huiles essentielles s’affine en fonction des goûts de la personne et de son histoire, ainsi que par rapport à son ressenti au moment de la consultation. Durant la consultation, un temps important est donc réservé à la découverte olfactive des huiles essentielles, et la parole est laissée à celui qui vient consulter. La consultation devient un moment de partage, les besoins et les réactions sont entendus et pris en compte. La construction de la synergie d’huiles essentielles se fait en fonction de tous ces éléments. Le praticien est à l’écoute, et a tant à apprendre dans la relation qui se crée. Ce n’est pas lui qui détient la clé, mais la solution se dessine dans ce travail à deux. Le Dr Pénoël (2010) va plus loin, en évoquant une triade thérapeutique. Il (2010) évoque un jeu à deux (patient – praticien) évoluant en jeu à trois, lorsque l’extrait aromatique fait son entrée. Ici encore, la relation thérapeutique est remise au centre de la consultation, en insistant sur l’implication des différents acteurs par opposition à la passivité précédemment évoquée, qui peut s’installer lorsque la molécule entre en jeu. Chacun s’engage, avec sincérité et engagement (Pénoël, D., 2010). « La guérison n’est pas dans le flacon ! » (Pénoël, D., 2010). C’est-à-dire que l’efficacité liée à la composition moléculaire des huiles essentielles est présente, mais le lien thérapeutique a son importance. L’efficacité n’en est que renforcée, et l’humain est pris en considération dans son entièreté d’être souffrant et pensant, impliqué dans son cheminement vers le mieux-être. ​ ​ ​ En pratique, quelques huiles essentielles pour diminuer le stress

Maintenant que nous avons abordé certains mécanismes physiologiques permettant aux senteurs de susciter des émotions et de faire remonter des souvenirs personnels, et après avoir décrit le cadre thérapeutique en Aromachologie, c’est le moment pour moi de m’attarder un instant sur ma démarche d’élaboration de synergies d’huiles essentielles personnalisées. En effet, nous pouvons trouver dans les livres et dans le commerce une offre grandissante de synergies « prêtes à l’emploi », qui ont leur intérêt et qui m’ont même déjà personnellement été utiles de façon ponctuelle. Mais dans le cadre d’un processus thérapeutique, ce type de synergie peut avoir ses limites.  ​ Les huiles essentielles offrent un support thérapeutique fortement odorant, agissant sur notre système nerveux à l’aide des molécules qui les composent (en ayant par exemple une action relaxante) et grâce à leur action subtile. Elle suscite cependant également une réponse émotionnelle liée à notre histoire personnelle.  ​ Si l’on fait sentir la Lavande à une personne ayant une expérience positive ou neutre avec cette odeur, elle peut faire partie des HE candidates à la création d’une synergie. Mais imaginons le cas d’une personne ayant associé l’odeur de la Lavande à une expérience très négative ou traumatisante, inclure cette huile essentielle dans une synergie aura probablement beaucoup moins de bénéfices, voire un effet dommageable sur l’état émotionnel.  ​ En fonction de notre vécu, certaines associations odeurs-émotion se créent et peuvent donc influencer l’effet final d’une synergie d’huiles essentielles, pourtant composée de molécules aromatiques efficaces. C’est la raison pour laquelle il est intéressant de prendre le temps de se renseigner sur l’histoire de la personne, sur ses goûts, et enfin de lui faire découvrir les huiles essentielles autant que possible pour créer une synergie la plus adaptée à ses besoins. Au lieu de vous proposer des synergies généralistes, je préfère donc vous citer quelques huiles essentielles susceptibles de vous aider en cas de stress et d’anxiété. Prenez le temps de les découvrir, accordez-vous un moment de calme pour analyser ce qui se passe en vous lorsque vous les sentez. Est-ce une senteur agréable ? Vous semble-t-elle familière ? Comment vous sentez-vous lorsque vous prenez le temps de la sentir quelques instants ?  ​ Il n’est pas nécessaire de se lancer immédiatement dans la création d’une synergie complexe en y incorporant de nombreuses huiles essentielles. Commencez par prendre le temps de vous familiariser avec une seule huile essentielle qui vous plaît, laissez son charme opérer.  ​ Je vais vous proposer une sélection d’huiles essentielles, parmi lesquelles vous pourrez effectuer votre choix. Vous pouvez sentir cette huile essentielle au flacon autant de fois que nécessaire sur la journée pendant maximum 5 minutes, ou déposer 1 goutte sur les poignets et prendre 3 grandes inspirations en joignant les mains en cathédrale (3 fois par jour). Il est préférable de diluer une goutte d’huile essentielle dans deux gouttes d’huile végétale (ou davantage, selon la sensibilité).


Pour les femmes enceintes et allaitantes, les enfants de moins de 6 ans, les personnes épileptiques et asthmatiques, demandez l’avis d’un professionnel de la santé avant d’utiliser les huiles essentielles. Lavande vraie (Lavandula angustifolia) Sa senteur fleurie, fraîche et légèrement camphrée plaît généralement à de nombreuses personnes, évoquant la plupart du temps les champs violets du sud de la France. Nous l’avons vu plus haut, la Lavande vraie induit un état de relaxation mesurable à l’électroencéphalogramme, grâce à son action sur les neurotransmetteurs. Elle est hypotensive (fait baisser la tension), calmante, sédative et antidépressive. Son huile essentielle est indiquée en cas de stress, d’anxiété, de dépression, d’agitation et d’insomnie.

Petitgrain bigarade (Citrus aurantium ssp amara) Senteur verte et fraîche, légèrement fruitée, il s’agit aussi d’une huile essentielle généralement appréciée. Elle est particulièrement intéressante pour son action rééquilibrante sans être sédative, permettant une utilisation aussi bien en journée que le soir avant d’aller dormir. Son action sympathicolytique et relaxante la rend particulièrement efficace en cas d’angoisses.

Camomille Noble, aussi appelée Camomille Romaine (Chamaemelum nobile ou Anthemis nobilis) Son odeur fleurie et puissante nécessite l’utilisation d’une huile essentielle de qualité, pour qu’elle soit appréciée à sa juste valeur. Elle est particulièrement efficace en cas de choc émotionnel, ce qui en fait une huile essentielle de première intention très intéressante. Elle est calmante du système nerveux central, et permet d’agir dans un contexte de tensions trop difficiles à surmonter. Elle aide à dissoudre les blocages, et atténue l’anxiété. Si vous souhaitez l’utiliser en diffusion, elle est très agréable en association avec les agrumes comme l’Orange douce ou la Mandarine rouge, ou la Lavande vraie.

Orange Douce (Citrus sinensis) Senteur fruitée caractéristique très appréciée, elle ramène en enfance par son aspect « bonbon ». Son action calmante et apaisante en fait une alliée réconfortante en cas de stress, d’anxiété et de nervosité.  Elle évoque généralement l’insouciance, la spontanéité et la bonne humeur. Attention, elle est photosensibilisante. Évitez de l’appliquer sur votre peau avant une exposition au soleil.



Mandarine Rouge (Citrus reticulata) Dans le même registre que l’Orange douce, sa senteur sucrée et fruitée ramène en enfance. Ses indications sont comparables à cette dernière, tout en étant plus axée sur le sommeil. Calmante, relaxante et sédative, elle est donc indiquée en cas d’insomnies liées à l’anxiété, d’angoisses et d’excitation. Tout comme l’Orange douce, son application cutanée est à éviter avant une exposition au soleil.

Laurier noble (Laurus nobilis) Senteur aromatique verte caractéristique, légèrement épicée et camphrée. Autrefois, le Laurier couronnait les vainqueurs. En Aromachologie, le Laurier permet de vaincre ses peurs et ses angoisses, par exemple dans le cadre d’une performance en public (présentation, théâtre, réunion importante). Elle est par exemple très utilisée par les comédiens, en cas de trac avant de monter sur scène. Équilibrante, elle permet de trouver du réconfort et favorise la confiance en soi. C’est l’huile essentielle du surpassement, de l’action. Attention, il arrive que cette huile essentielle provoque des réactions allergiques. Effectuez un test dans le creux du coude 24h avant utilisation. Toujours diluer dans une huile végétale avant de l’appliquer sur la peau.

Cette liste d’huiles essentielles à utiliser en cas de stress n’est absolument pas exhaustive. Si vous souhaitez vous familiariser avec les huiles essentielles en olfaction, elle vous permet néanmoins de savoir vers lesquelles vous tourner en premier, en fonction de l’effet recherché. Prenez le temps de vous familiariser avec l’huile essentielle que vous avez choisie. Ménagez-vous quelques instants de calme, dans la journée, pour vous recentrer et vous offrir une expérience olfactive agréable. Vous pourrez ainsi bénéficier des propriétés de l’huile essentielle, et vous rendre disponible pour recevoir son message subtil.




Conclusion Loin de se résumer à une séance « sent-bon », l’Aromachologie repose sur des mécanismes physiologiques étudiés et des bienfaits de plus en plus remarqués. L’utilisation des huiles essentielles permet d’agir sur le stress et ainsi de tenter de prévenir ses conséquences à long terme. Elles offrent des possibilités d’accompagnement s’inscrivant dans une démarche profondément humaine, créatrice de lien. Elles permettent d’appréhender nos émotions d’une façon fine et instinctive, pour nous apaiser lorsque nous devons faire face aux différents écueils de la vie. Stress, anxiété, troubles du sommeil, baisses de moral, burn out... Les huiles essentielles offrent des perspectives d’accompagnement variées, comme c’est déjà le cas dans le milieu hospitalier et institutionnel, en psychiatrie, auprès des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer et de maladies apparentées, ainsi que des personnes en soins palliatifs. Mais loin de se limiter à ces contextes particuliers, elles permettent d’intervenir auprès de tout un chacun, pour appréhender le travail sur les émotions à l’aide d’un outil aromatique agréable. Accompagnatrices rééquilibrantes, elles permettent aussi d’envisager des considérations plus subtiles, pour les personnes à la recherche d’introspection et d’élévation spirituelle. ​

Alors, qu’attendez-vous pour essayer ?



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Article publié le 13 novembre 2019 pour Bonheur en Fleur - Manon Touati Auteur : Iris Haesendonck, Conseillère en Aromathérapie et Aromachologie

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