Gestion du stress avec les huiles essentielles

Écrit par Iris Haesendonck, Conseillère en Aromathérapie et Aromachologie.

Pour le site internet de Manon Touati - Bonheur en Fleur.







Nous l’avons probablement tous ressenti un jour, le stress fait partie de notre quotidien. Dans une société où le rythme ne cesse de s’accélérer, nous sommes constamment sollicités et notre bien-être est parfois mis entre parenthèses. Car, si à la base le stress nous permet de faire face à des situations qui exigent tout simplement une réaction, il arrive qu’il ait des conséquences néfastes à long terme sur notre organisme et notre mental. ​ Nous allons entamer un voyage au cœur des émotions, en détaillant les effets du stress, et les possibilités d’accompagnement qu’offrent les huiles essentielles. Nous nous attarderons sur les effets néfastes du stress, et nous nous intéresserons au lien entre neurones, intestin et immunité. Nous verrons comment l’odorat est fortement lié aux émotions, et nous aborderons différents travaux de recherche qui mettent à l’honneur l’utilisation des huiles essentielles en olfaction dans le cadre du stress, de l’anxiété, mais aussi des troubles du sommeil et du burn out. Tout un programme... Let’s go ! ​ ​ ​ Définition du stress ​ À la base du concept de stress, il y a une notion empruntée à la physique, de contrainte excessive que subit un matériau (Doron, R., Parot, F., 2008). En temps normal, un matériau est sensé pouvoir résister à des contraintes modérées (Dantzer, R., 2019). En cas de contrainte excessive ou si le matériau est fatigué, les risque est de le voir se déformer ou de se rompre (Dantzer, R., 2019).




La neige exerce une contrainte sur la branche, qui se plie et risque de se casser




« En biologie, cette notion désigne à la fois les agressions s’exerçant sur l’organisme (les agents stresseurs) et la réaction de l’organisme aux agressions » (Doron, R., Parot, F., 2008). On voit ici s’ébaucher le lien entre la situation et la réaction du corps. En principe, le stress est une réaction qui a son utilité, permettant une action adéquate (Crocq L., 2019). Mais comment cette réaction s’inscrit-elle dans l’organisme ? Hans Selye est à l’origine de l’utilisation aujourd’hui banalisée du mot « stress ». Il l’a utilisé pour définir pour la première fois « la réaction d'alarme et de défense de l'organisme face à une agression ou une menace et, par extension, à toute situation contraignante ou désagréable » (Crocq L., 2019). Cette réaction peut s’observer de façon exceptionnelle, lors d’événements soudains et brutaux comme une agression physique, une prise d’otage, un accident ou une catastrophe (Crocq L., 2019). Mais le stress est également présent dans des situations contraignantes de la vie courante, comme des nuisances sonores, des rythmes de travail trop rapides, des menaces verbales, du harcèlement psychologique, des conflits, des soucis financiers… (Crocq L., 2019). ​ « Les physiologistes se sont surtout intéressés aux systèmes hormonaux impliqués dans la réaction de stress, qu’il s’agisse du système sympathique et médullosurrénalien intervenant dans la réaction d’urgence […], ou du système hypophyso-corticosurrénalien responsable du syndrome général d’adaptation […] » (Doron, R., Parot, F., 2008). En situation de stress, notre organisme réagit en adaptant la production hormonale afin de faire face à l’agression dans l’immédiat, en mobilisant les ressources nécessaires. Selon Doron, R. et Parot, F. (2008), cette réaction au stress s’accompagne entre autres d’une réduction de la sensation de douleur grâce à la production d’endorphines (ou morphines endogènes). Notre corps s’apprête donc à passer à l’attaque ou à fuir (« fight or flight »). Le système sympathique s’active, et produit entre autres de l’adrénaline : les rythmes cardiaque et respiratoire s’accélèrent, la tension artérielle augmente, les pupilles se dilatent, on transpire… C’est la phase 1, dite d’alarme.





Phase d'alarme et dilatation des pupilles




Mais il arrive que la situation de stress persiste dans le temps. On entre alors dans la phase 2, de résistance. L’organisme met en place des stratégies pour endurer les agressions à plus long terme, en stimulant la production de nouvelles hormones par la glandes corticosurrénale : les glucocorticoïdes (INRS, 2017). Ces hormones veillent à apporter l’énergie nécessaire aux muscles, au cœur et au cerveau (INRS, 2017). Le corps, assailli par le stress vit une sorte de siège. Il mobilise toute son énergie et ses vivres (le glucose) pour faire face à l’agression. En phase 2, les quantités de glucose libérées dans le sang sont auto-régulées, tout va bien. Mais si la situation de stress persiste encore ou devient plus intense, l’organisme entre en phase 3 (INRS, 2017). ​ Phase 3 : l’épuisement. L’auto-régulation n’est plus efficace, l’organisme est sur-stimulé, entraînant potentiellement des risques pour la santé (INRS, 2017). Nous reviendrons sur ces risques un peu plus loin, dans le point « stress et maladie ». ​ En psychologie, on utilise le terme de stress pour évoquer les difficultés que le sujet éprouve pour faire face aux événements stressants de la vie, et les moyens à sa disposition pour gérer ces problèmes (Doron, R., Parot, F., 2008). Il existe une interaction étroite entre les aspects psychologiques et physiologiques du stress (Doron, R., Parot, F., 2008). En effet, les réactions hormonales dépendent des facteurs psychiques, et la perception de la situation et des moyens d’y faire face sont influencés par l’activité hormonale (Doron, R., Parot, F., 2008). Ainsi, nos émotions influencent l’état physiologique de notre corps, et nos moyens de réaction à des facteurs de stress. Nous avons défini le stress, mais il est souvent associé à l’anxiété. Quelle est la différence ? Définition de l'anxiété ​ Selon R. Doron et F. Parot (2008), l'anxiété est une « émotion engendrée par l’anticipation d’un danger diffus, difficile à prévoir et à contrôler. Elle se transforme en peur face à un danger bien identifié ». L’anxiété est donc une conséquence du stress, lorsque l’on en arrive à anticiper une situation stressante que l’on craint par exemple de ne pas pouvoir surmonter. Elle est parfois associée à des comportements d’évitement, afin de minimiser le stress ressenti. Tout comme le stress, l’anxiété est utile lorsqu’elle est modérée. Mais à son paroxysme, l’anxiété peut devenir pathologique, entraînant des troubles anxieux comme les phobies, les crises d’angoisse, l’anxiété généralisée, les troubles obsessionnels compulsifs et le syndrome post-traumatique (Doron, R., Parot, F., 2008). La différence fondamentale entre le stress et l’anxiété réside donc dans le fait que le stress serait un état (d’alerte, provoquant des réactions physiologiques) et l’anxiété serait une des émotions pouvant être la conséquence de cet état (la peur d’être confronté à un élément stresseur identifié).




Et les émotions dans tout ça ? ​ Selon Isabelle Filliozat, « l'émotion est le mouvement de la vie en soi. C'est un mouvement qui part de l'intérieur et s'exprime à l'extérieur. C'est le mouvement de ma vie qui me dit et qui dit à mon environnement qui je suis ». ​ Nous sommes régulièrement traversés par une multitude d'émotions (en-dehors de certaines pathologies), que nous avons la possibilité de partager notamment grâce à la parole. Grâce à notre cerveau émotionnel, nous avons la possibilité d'avoir accès à un monde émotionnel très riche et très nuancé. Au-delà de l'expérience agréable / désagréable, nous expérimentons toute une palette d'émotions liées à notre vécu personnel. (Filliozat, I., 1997). L’auteure (1997) va plus loin, en disant que nos expériences passées et plus particulièrement celles vécues dans la petite enfance dessinent un profil particulier de réponses à l’environnement : notre caractère. Nos réponses émotionnelles seraient donc liées à notre vécu, mais aussi à nos besoins. ​ Les émotions nous traversent chaque jour, et viennent donc parfois nous renseigner sur nos besoins personnels. Ils trouvent à travers elles un moyen d’expression, et nous offrent l’occasion de tenter d'y répondre. Derrière l’anxiété, la peur, mais aussi l’agacement, la colère, la tristesse, il peut y avoir autant de tentatives de résoudre des conflits intérieurs, de répondre à des besoins enfuis au plus profond de notre être. Derrière des constatations comme « je suis stressé-e en ce moment », peut se cacher une gamme d’émotions, que l’on peut ressentir le besoin d’analyser. Un niveau anxiété particulièrement élevé avant une présentation peut par exemple traduire un besoin important de reconnaissance. Une immense colère qui explose au milieu d’un repas peut exprimer un sentiment de trahison, et un besoin de sécurité affective. « Le cœur a ses raisons que la raison de reconnaît pas toujours. Les émotions ne sont pas si irrationnelles qu’on veut le croire parfois. Décoder le sens de nos « sorties » intempestives peut nous éviter de gâcher nos relations proches » (Filliozat, I., 1997). Analyser ses émotions peut permettre de mieux se connaître, et identifier l’origine de nos réactions permet de mieux les vivre. ​ Que se passe-t-il lorsque les besoins exprimés par nos émotions ne sont pas entendus, voire réprimés ? C’est sur cette question que les travaux de Naomi Feil se sont penchés, pour mettre au point la théorie de la validation. Selon cette approche, on considère que les troubles du comportement chez la personne très âgée démente sont liés à des mécanismes de défense, mais sont aussi des tentatives de résolution de conflits anciens non-résolus (Vivre Alzheimer, 2019). Notre existence serait parsemée d’étapes auxquelles correspondent des tâches à accomplir (Feil, N., 2019). Nous continuons à avancer dans la vie, pas à pas, malgré la non-résolution de certains conflits intérieurs, liés à notre expérience. La grande vieillesse correspondrait au dernier stade, celui de la résolution (Vivre Alzheimer, 2019). La manière dont la démence s’exprimerait chez ces personnes serait liée à la non résolution de ces conflits. La méthode de la validation repose principalement sur l’empathie de la reconnaissance des émotions de l’autre (Vivre Alzheimer, 2019).  « Valider » reviendrait à reconnaître qu’il y a du sens dans les comportements de ces personnes (Vivre Alzheimer, 2019). Maintenir une communication avec les personnes très âgées démentes permet de restaurer leur sentiment de valeur personnelle, réduire l’anxiété, améliorer le bien-être et tenter de résoudre les anciens conflits (Feil, N., 2019). Une telle approche permet de tenter de réduire les risques de contention physique et chimique, le repli sur soi avec le risque d’une évolution vers un état végétatif, et permet à la personne de s’inscrire dans une vie qui a du sens (Feil, N., 2019).   ​ Les étapes de notre vie, et les épreuves que nous traversons semblent venir s’inscrire dans le corps, tôt ou tard. Sans nécessairement penser aux dernières étapes de la vie et le moyen d’expression que pourrait être la démence chez les personnes très âgées, notre vécu émotionnel peut avoir des répercussions sur notre santé à plus court terme. Nous évoquions plus haut les potentiels risques pour la santé liés à un état de stress prolongé. Quels sont-ils plus précisément ?