La perméabilité intestinale,

en cause dans les maladies chroniques et auto-immunes

Écrit par Manon Touati

Fonctionnement, origines et solutions

La perméabilité intestinale est très souvent en cause dans de nombreuses maladies de notre monde moderne, et notamment dans le cas des maladies auto-immunes et chroniques, sujet que je souhaite aborder au sein de cet article.

Une petite liste des maladies auto-immunes et chroniques : les MICI (Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin), la sclérose en plaques, la spondylarthrite ankylosante, le psoriasis, polyarthrite rhumathoïde, l'endométriose, l'hypothyroïdie d'Hashimoto, l'hyperthyroïdie...

Qu'est-ce que la perméabilité intestinale ?

Le système digestif, un système à part dans le corps

Le système digestif va de la bouche à l'anus. Il est donc très long puisque parcourt la moitié de notre corps. On imagine donc bien toute son importance dans le corps humain ! Il est l'un des éléments centraux permettant notre survie. Sans lui, pas de digestion ni d'assimilation des nutriments essentiels pour le fonctionnement du corps humain, et donc pas de vie !

 

Au sein de ce système digestif, nous avons un long tube nommé intestins. Les intestins participent à la digestion des aliments et au passage des nutriments vers le sang et le reste de l'organisme. Le système digestif est un système à part dans le corps. Presque tout ce qui s'y trouve doit y rester. Le molécules qui sont autorisées à passer dans le reste de notre organisme sont filtrées minutieusement et disposent d'un droit de passage très strict (ça ne rigole pas !)

Le système digestif

Le système digestif présente des milliards de bactéries et de microbes (qui constituent en partie notre flore intestinale, aussi appelée microbiote) nécessaires au bon fonctionnement du corps et plus particulièrement à la digestion mais qui sont très toxiques pour le reste de l'organisme. Pour protéger notre organisme du passage de ces molécules dans le reste du corps, il existe la barrière intestinale, aussi nommée muqueuse intestinale, qui est une peau sélective particulièrement intelligente.

Muqueuse intestinale ou barrière intestinale (en rouge)

Pour bien comprendre le fonctionnement digestif dans le corps, nous pouvons prendre une image. Le corps est une maison, le système digestif sont les toilettes (pièce totalement choisie au hasard ! :D) et le reste du corps représente les autres pièces de la maison. Les toilettes sont une pièce de la maison essentielle à son bon fonctionnement. En revanche, tout ce qu'il se passe aux toilettes doit rester aux toilettes et ne doit presque pas (sauf les bonnes molécules) en sortir sinon cela deviendrait nocif pour le reste de la maison (microbes, bactéries et l'odeur ! :D) Il en va de même pour le fonctionnement du système digestif. Tout ce qu'il se passe dans le système digestif doit y rester et ne pas en sortir hormis les bonnes molécules, sinon cela deviendrait nocif pour le reste du corps !

En somme, pour protéger l'ensemble de notre organisme de toute l'activité intense de notre système digestif, notre corps est particulièrement bien fait puisqu'il dispose d'une barrière intestinale qui sélectionne les bonnes molécules qui ont le droit de passage pour aller dans le reste du corps et celles qui doivent bien rester dans le système digestif sans en sortir.

Le bon fonctionnement de la barrière intestinale est donc essentiel pour éviter d'envahir le corps par des milliards de molécules qui seraient extrêmement toxiques voire fatales pour lui.

Le fonctionnement de la barrière intestinale

La muqueuse intestinale est un amas de cellules intestinales collées entre elles par des jonctions serrées. Les jonctions serrées sont centrales dans le bon fonctionnement de la barrière intestinale. Ces jonctions serrées permettent qu'il n'y ai aucun trou anormal et donc aucune porosité intestinale dysfonctionnante.

Il peut néanmoins arriver que les jonctions serrées ne remplissent pas correctement leur rôle de protection, engendrant des trous anormaux dans la muqueuse intestinale. La muqueuse intestinale ne présente donc plus sa perméabilité sélective bénéfique à notre organisme ! C'est ici que nous parlons d'hyper-perméabilité intestinale, ou encore du syndrome de leaky gut. La filtration très minutieuse des molécules dont nous avons parlé précédemment ne peut alors plus s'effectuer. Toutes les molécules sans distinction passent dans le reste du corps ! C'est là que les ennuis commencent. Des milliards de molécules indésirables et toxiques qui doivent rester dans le système digestif rejoignent le sang, la lymphe, les organes, les muscles ou encore les articulations. Tout l'instinct de survie de notre corps se met alors en route pour nous défendre contre ces molécules toxiques qui n'ont rien à faire là !

Auteur : Dr. Michel Lallement, Les clés de l'alimentation santé

La muqueuse intestinale et ses jonctions serrées, à l'origine de la perméabilité intestinale

Le fonctionnement du système immunitaire

Le système immunitaire détient pour fonction de défendre le corps contre les infections et les maladies. Notre système immunitaire déploie alors tout son arsenal pour rechercher et attaquer ces molécules toxiques qui peuvent générer un dysfonctionnement de nos organes, de nos muscles, de nos os, de nos articulations ou encore de notre cerveau... ! On parle de réaction immunitaire.

 

Le système immunitaire dispose de différentes catégories de cellules détenant des missions bien précises pour éradiquer au mieux et le plus efficacement possible les molécules toxiques. Les missions sont alors réparties entre chaque catégorie de cellules.

 

La première catégorie cherche les cellules malsaines et les substances étrangères et toxiques pour notre corps. La seconde catégorie est la donneuse d'alerte en cas de détection de corps toxiques et envoie des messages d'alerte à la troisième catégorie pour l'informer d’une attaque. Enfin, la troisième catégorie attaque et détruit ces micro-organismes toxiques qui génèrent des infections (par les bactéries, virus, champignons et parasites) ou des cellules malsaines (cellules cancéreuses par exemple). Parmi ces corps étrangers toxiques, nous retrouvons les molécules qui se sont enfuies du système digestif à cause des trous présents dans la muqueuse intestinale !

 

Notre système immunitaire enclenche donc tout ce processus de défense et d'attaque au sein de notre organisme pour nous protéger de ces molécules toxiques.

 

Pour bien tout comprendre et qu'il n'y ai aucune confusion, reprenons l'image de la maison. Les différentes catégories de cellules du système immunitaire sont incarnées par chaque personne habitant la maison. Et les molécules toxiques qui ont pénétré tout le corps représentent toutes les bactéries toxiques qui sont sorties des toilettes alors qu'elles auraient du y rester (de notre système digestif !) La maison est alors remplie de bactéries et l'objectif commun des habitants est d'éradiquer toutes ces bactéries qui pourraient les contaminer. Chaque habitant dispose d'une mission bien précise et ont pour objectif commun de nettoyer toute la maison pour tuer toutes les bactéries (déclenchement du système immunitaire !) Le premier habitant recherche les bactéries. Le second habitant envoie des messages au troisième habitant pour l'informer d'un envahissement toxique et ennemi de bactéries dans la maison. Enfin, le troisième habitant attaque et détruit, à l'aide de produits ménagers très puissants, les micro-organismes qui ont envahi la maison et qui peuvent être à l'origine de dommages corporels et de maladies.

 

C'est donc une vraie guerre qui se met en place dans la maison (dans tout notre corps !) entre deux camps : les habitants (le système immunitaire !) et les bactéries (les molécules toxiques !)

Une guerre amène souvent à beaucoup de dégâts, de blessés, de souffrance, de fatigue et de morts. Dans notre corps, il peut ainsi y avoir énormément de dégâts après cette réaction immunitaire, notamment au niveau des cellules, des organes, du cerveau, du système hormonal, des articulations, du cerveau ou encore des os. Une fatigue peut être ressentie après tout ce travail immunitaire qui s'est activé jour et nuit pour évacuer toutes les molécules toxiques afin de nous protéger.

 

Déclenchement des maladies auto-immunes

Ce processus représente le déclenchement et l'installation d'une maladie auto-immune. Comme son nom l'indique, c'est une maladie où notre système immunitaire se retourne contre nous et nous attaque. Les antigènes sont normalement actifs en cas d'infection (grippe...) Le système immunitaire ne fait donc pas la différence entre les pathogènes extérieurs et lui-même : il n'y pas de reconnaissance du "soi" qui est pourtant essentielle pour ne pas s'auto-attaquer. Il s'attaque ainsi aux constituants normaux de l'organisme, à savoir les molécules bénéfiques pour les intestins qui ont fuité, devenant toxiques pour le reste du corps.

En somme, l'idée est que chaque molécule doit rester à sa place, doit faire son travail sans sortir de sa zone de prédilection, sinon c'est tout le système corporel qui dysfonctionne.

Ambivalence de l'inflammation : défendre et attaquer son propre corps

 

Lors d'une réaction immunitaire dite normale, les cellules immunitaires libèrent des molécules inflammatoires (cytokines) afin de lutter contre la dissémination des pathogènes dans le corps. L’inflammation est la réaction normale de l’organisme face aux blessures et aux infections pour se protéger de l'infection.

Inflammation dite normale pendant la réaction immunitaire

Dans une réaction auto-immune et face aux molécules qui se sont enfuies des intestins (à cause de sa porosité), l'inflammation va être localisée tout particulièrement au niveau des intestins mais aussi dans les autres parties du corps qui auront accueilli les molécules toxiques (articulations, cerveau, organes...)

 

Cette réaction auto-immune est à la fois bénéfique et dysfonctionnante. Elle est bénéfique puisque si les molécules échappées de nos intestins restaient dans les parties de notre corps qui ne sont pas faites pour les accueillir, nous ne survivrions pas. Et elle est dysfonctionnante parce que le corps s'auto-attaque.

 

De plus, l'inflammation peut être particulièrement virulente et chronique si les molécules toxiques continuent à passer en permanence à travers la muqueuse intestinale. C'est une inflammation qui pourra alors être quasi permanente si la réparation de la barrière intestinale ne s'effectue pas. C'est ainsi que certains organes peuvent se retrouver abîmés voire détruits.

Conséquences  : les maladies

C'est donc avec tous ces événements en cascade, ayant pour origine une muqueuse intestinale poreuse, que les maladies chroniques et auto-immunes peuvent s'installer. Si la réparation de la barrière intestinale ne s'effectue pas, le système immunitaire est sans cesse sollicité et mène une guerre impitoyable dans tout le corps qui en pâtit. Ce système immunitaire, submergé de travail, finit par s'affaiblir puisqu'il n'a plus de repos. Les molécules toxiques peuvent alors malheureusement s'installer partout dans le corps. C'est ainsi que nous pouvons rentrer dans un cercle vicieux : plus il y a de molécules toxiques qui pénètrent le corps et plus le système immunitaire s'affaiblit, et plus le système immunitaire s'affaiblit, plus les molécules toxiques pénètrent le corps. Les maladies auto-immunes, chroniques mais aussi saisonnières ont alors champ libre.

De plus, cette muqueuse intestinale hyper-perméable peut entraîner une mauvaise assimilation des nutriments ainsi qu'une dénutrition puisque remplie de trous et usée, générant une atrophie des villosités intestinales qui sont pourtant nécessaires à l'assimilation des aliments.

Villosités intestinales normales / Atrophie villositaire

C'est donc tout le système corporel qui s'use, se fatigue au profit de l'émergence et de l'installation de maladies appelées maladies auto-immunes, maladies chroniques ou encore maladies inflammatoires.

Les origines de la porosité intestinale

L'objectif, pour réparer sa muqueuse intestinale, est de connaître les origines de sa porosité.

Plusieurs facteurs entrent en jeu : des facteurs génétiques certes (nous avons tous nos failles génétiques qui peuvent induire certaines faiblesses organiques), mais aussi et surtout des facteurs épigénétiques !

 

L'épigénétique est une discipline en biologique qui étudie la nature des mécanismes modifiant, de manière réversible, transmissible (lors des divisions cellulaires) et adaptative, l'expression des gènes sans en changer leur ADN. L'idée est que notre environnement détient donc une grande importance dans le fonctionnement de notre organisme.

L'épigénétique inclue tous les facteurs environnementaux pouvant jouer sur notre état de santé : l'alimentation, le stress, l'activité physique, les médicaments, notre état psychique et émotionnel, notre façon de penser, l'air ou encore l'eau. Tous ces éléments représentent les diverses origines de notre perméabilité intestinale sélective ou de notre hyper-perméabilité intestinale. Notre environnement détient donc une action directe et profondément importante sur notre corps !

Auteur : Bmoove.com

Le stress et la perméabilité intestinale

Origines et conséquences de l'hyper-perméabilité intestinale

Comment conserver ou rétablir la perméabilité intestinale sélective?

Maintenant que nous connaissons les causes de l'hyper-perméabilité intestinale, il est intéressant de se demander comment et de quelle(s) façon(s) nous pouvons influencer son état.

L'alimentation est un élément primordial à prendre en compte pour réparer la muqueuse intestinale. Une alimentation industrielle, transformée, chimique n'a plus rien de naturel et est par conséquent hautement inflammatoire. Pourtant, nous sommes issus de la nature et nous sommes développés organiquement et corporellement avec elle pendant des millions d'années. C'est grâce notamment à cette alimentation naturelle que nous avons pu nous construire pour devenir les êtres magnifiques que nous sommes aujourd'hui. De plus, notre fonctionnement digestif ne s'est pas modifié durant ces derniers milliers d'années. Apporter les aliments digestes et digérables pour notre corps est très important. Les aliments non reconnus par notre système digestif viennent l'inflammer et tout particulièrement au niveau de la muqueuse intestinale, présente tout le long des intestins, soit sur une longueur d'au moins 6 mètres ! Si inflammation il y a, celle-ci peut donc être présente sur une très grande partie du corps (au moins 6 mètres) ! Face à cette inflammation, le système immunitaire va alors se mettre en route.

L'alimentation conseillée est une alimentation brute, biologique, anti-inflammatoire, naturelle et hypotoxique (en référence aux travaux de Jean Seignalet : sans gluten, sans lait animal, sans maïs, cuisson douce) : fruits frais entiers, légumes frais entiers, riz, patates douces, sarrasin, quinoa, graines, oléagineux, petits poissons gras en petite quantité et huiles végétales hormis les huiles d'arachides. Éviter le sucre (sauf celui des fruits, des légumes et des glucides) est aussi primordial parce que très inflammatoire !

 

Cette alimentation est, bien sûr et comme toujours, à adapter selon les possibilités de chacun. Selon vos possibilités, l'idéal est de se détacher des circuits industriels et des aliments transformés. Je vous conseille de manger des aliments bruts et biologiques au maximum.

L'évacuation des déchets toxiques présents et stagnants dans tout notre organisme, y compris dans nos intestins, est aussi importante. Ils peuvent en effet induire de l'inflammation. Cela peut passer par l'alimentation, le jeûne sur plusieurs jours ou le jeûne intermittent, l'activité physique, l'hydrologie, les massages, le sauna, les huiles essentielles ou encore les plantes. Ce processus nécessite d'avoir des organes émonctoires (organes d’élimination des déchets : le foie, les reins, la peau, les intestins et les poumons) en bonne forme. Il est aussi intéressant de soutenir ces organes durant l'évacuation de ces déchets (c'est important de bien les aider parce qu'ils vont travailler dur !) par des plantes adaptées au soutien de chaque organe, des bouillottes ou des cataplasmes à l'huile de ricin par exemple.

La diminution du stress est essentielle dans ce processus de reconstruction de la muqueuse intestinale. Le stress est en effet très inflammatoire. Il est pourtant présent de manière massive dans nos vies et peut être diminué par les effets apaisants et anti-inflammatoires de l'alimentation, de l'activité physique et des mouvements corporels, des soins psychologiques et émotionnels (psychologue, méditation, Yoga, recentration sur ses ressentis, Pilates...), des soins énergétiques, le fait d'être heureux quotidiennement dans son activité professionnelle et personnelle, éviter les personnes et situations toxiques et anxiogènes en s'entourant de personnes aimantes et d'animaux (les chats c'est la vie !) :D

Et surtout ne pas oublier de se sentir à l'aise pour réduire son stress !

Enfin, écouter les mots (maux) de son corps, ses douleurs mais aussi ses moments de bien-être est primordial pour s'adapter à ses besoins, abaisser le niveau de stress au profit d'un apaisement corporel et psychique global.

Conclusion

La qualité de la muqueuse intestinale est primordiale pour n'importe quelle personne, et encore plus pour les personnes présentant une maladie chronique et auto-immune ! Comprendre le fonctionnement du système immunitaire, c'est comprendre en grande partie le fonctionnement de ces maladies. Et c'est en comprenant que nous pouvons agir ! Nous avons vu qu'une grande part d'épigénétique était présente chez chacun d'entre nous. Cela signifie que nous pouvons apporter beaucoup à notre corps qui nous demande du calme, de l'apaisement, du mouvement et un respect de la qualité de ce que nous lui apportons. Une multitude de solutions nous sont offertes. Écoutons-nous, découvrons-nous et essayons d'apporter un maximum de bonheur à notre corps.

Pour en savoir encore plus sur la perméabilité intestinale

- Réduire au silence 100 maladies avec le régime Seignalet, Jean-Marie Magnien

- L'alimentation ou la troisième médecine, Jean Seignalet

- Les clés de l'alimentation santé, Michel Lallement

- Vidéo "Intestin poreux, sortir du cercle vicieux", Dr. Raphaël Perez

Article publié le 9 mai 2019

Auteur : Manon Touati

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